Je suis gaga

Je ne comprends tellement pas que je suis vraiment frustré.

Généralement, il est fort admis que la demande de pétrole, et des produits énergétiques, suit le taux de croissance de l’activité économique. Cela veut dire que si l’économie croît, la demande en produits énergétiques croît et l’inverse est vrai. Par ailleurs, les économies qui constituent la locomotive de la croissance mondiale sont, sans contredit, l’économie américaine et l’économie européenne avec un peu plus de 700 millions de consommateurs à revenu assez élevé merci. Du moins, le plus élevé de la planète.

Par ailleurs, il est convenu que sur le marché des denrées, il y a le marché au comptant (le marché spot) et le marché à terme. Il ne peut y avoir de divergences majeures entre ces deux marchés sans que les arbitragistes ne les ramènent à l’ordre. Cela veut dire que si le prix spot est plus élevé que le prix à terme, les arbitragistes vont vendre le spot et acheter à terme et vice versa. Bien entendu, disponibilité et frais inclus.

Pire encore, en ce qui concerne les contrats à terme, contrairement aux options, il y a obligation de livraison. Cela veut dire que peu importe ce qui arrive aux prix, une fois un contrat à terme est conclu, il y aura livraison physique à la fin. Ce n’est pas le cas avec les contrats à terme sur indices ou sur devises (ou même sur actions) puisque le règlement se fera en espèces.

Maintenant, l’économie américaine ralentit, l’économie européenne est anémique et malgré tout le prix du pétrole continue de croître. Ces deux économies ont assez baissé leurs taux d’intérêt, suite aux déboires des crises de crédit et de l’immobilier, et injecté tellement de liquidités dans le système qu’elles sont rendues à craindre une inflation monétaire et par conséquent elles ont arrêté de baisser leurs taux et songent même à les augmenter. Le problème c’est que ces économies continuent de traîner de la patte. Pendant ce temps, le prix du pétrole continue d’augmenter fracassant record par-dessus record. Où est le problème?
  1. Première explication : Le BRIC : L’économie des pays émergents tels le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. Cet argument ne tient pas la route puisque la Russie est un exportateur net d’énergie, la Chine s’approvisionne un peu partout dans le monde mais surtout en Afrique, au Soudan et en Iran et le taux de croissance de l’Inde et du Brésil n’explique pas cette demande fulgurante.
  2. Il y aurait alors un deuxième argument : la demande mondiale est plus forte que l’offre. Soit. Mais d’où vient cette demande? Après tout le ministre Saoudien du pétrole a maintenu à maintes reprises que la demande mondiale ne justifie pas de tels prix. Il doit savoir de quoi il parle car c’est justement l’Arabie Saoudite qui a fait en sorte, vers le début des années 80, que le prix du pétrole passe de 40$ le baril à environ 9$ le baril. C’est dire la force du leader dans un cartel.
  3. Troisième explication : La tension entre Israël et L’Iran. L’État Hébreu songerait à attaquer les installations nucléaires iraniennes qui menaceraient son existence. Si un tel évènement se produisait, l’Iran fermerait le détroit d’Ormuz et donc priverait le marché mondial d’environ 30% de la production mondiale de pétrole. Justement, le ministre des affaires étrangères des États-Unis vient de déclarer que l’Iran ne pourra pas fermer ce détroit puisqu’ils sont présents en Irak, au Koweït, en Arabie Saoudite et dans les Émirats Arabes Unis. Leur flotte militaire est partout dans cette région. Ils doivent savoir de quoi ils parlent. Leur frappe militaire est dévastatrice. Les USA peuvent réduire l’Iran en cendres en moins de deux minutes et ce peu importe ce qu’en pense la communauté internationale, si elle en pense quelque chose.
  4. Une quatrième explication : Le gouvernement américain a tellement déversé de pétrole sur le marché pour le calmer (suite à l’invasion de l’Irak) qu’il faut qu’il reconstitue ses réserves stratégiques et donc ce serait lui qui achèterait tout à la fois pour reconstituer ses réserves et se faire payer, en pétrole, par le gouvernement irakien, pour l’instauration de la démocratie et l’effort de guerre. En d’autres mots, je vous apporte la paix et la démocratie, cela me coûte une fortune, vous allez me payer en pétrole et je m’arrange pour que le prix soit en conséquences puisque je suis la plus grande puissance économique mondiale et je paie en $ US qui me reviendront éventuellement et je saurais quoi faire avec en temps et lieu. À la limite, je les stériliserais.
  5. Cinquième explication : Le prix du pétrole fluctue en sens inverse du dollar US. Si la valeur du $ US baisse face à des monnaies fortes tels l’Euro ou la Livre Sterling, le prix du pétrole augmente. C’est bizarre mais depuis quelques mois, le $ US se maintient dans une fourchette assez étroite face à ces deux monnaies et aussi face au Yen Japonais. Comment expliquer alors la montée fulgurante du prix du brut?
  6. Une sixième explication : Ce serait les pétrolières qui achèteraient ce pétrole. Dans ce cas il n’y aurait pas de livraison puisqu’elles se le livreraient à elles-mêmes. Que le prix soit plus élevé cela ne poserait pas de problème puisqu’on relèverait le prix à la pompe. Ce qui serait donc perdu sur les contrats à terme serait récupéré à la pompe. Ce raisonnement serait boiteux puisqu’en passant des million d’emplois seraient et sont perdus dans les industries du transport aérien, dans l’industrie automobile (pilier de l’économie occidentale) etc. Pire encore, où serait alors l’agence de surveillance de la concurrence. Dormirait-elle au gaz?
  7. Une septième explication s’impose : les pays producteurs achèteraient ces contrats pour faire augmenter les prix. Mais cela ne fait pas l’affaire des pays industrialisés qui ont les moyens de contrer cette action en vendant ces mêmes contrats. Après tout, l’économie américaine est bien plus forte que celle de l’Iran ou de l’Arabie Saoudite.


  8. Voilà, je ne comprends plus rien. Excusez mon ignorance mais là s’arrête ma capacité de penser. Je veux savoir qui achète ce pétrole à ces prix. Peut-on me révéler le nom des acheteurs ou c’est confidentiel.

    Tahar Mansour, Ph.D. en économie.

Payons pour les gaffes des entrepreneurs

Supposons que vous êtes un entrepreneur (incorporé) et que vous décidez d’acheter une entreprise (cotée ou non sur une bourse). Le prix que vous payez pour cette perle rare est 1M$. La juste valeur nette de l’actif de votre perle rare est de 0,5M$. La différence entre le prix payé et la juste valeur de l’actif net est ce qu’on appelle, en comptabilité, l’écart d’acquisition et se doit d’être porté à l’actif de votre bilan consolidé en tant que tel. Cet écart inclut tout ce qui s’appelle achalandage (nom de l’entreprise ou sa réputation, sa qualité de clients et de fournisseurs, ses relations politiques et sociales etc.) ou Goodwill. Les principes Comptables Généralement Reconnus (PCGR) ne permettent plus d’amortir cet écart annuellement mais plutôt de lui faire subir un test annuel de valeur. Cela veut dire, qu’annuellement, vous devez évaluer si le prix payé pour cet achalandage est encore, effectivement, ce que vous avez payé ou s’il a augmenté ou diminué. Dans ce dernier cas, vous pouvez imputer à l’état de vos résultats la diminution de la valeur de cet écart. En d’autres mots, si vous constatez une diminution de la valeur de cet écart, vous avez le droit de venir diminuer la valeur de vos revenus du montant de la diminution de cet écart. À la limite, la diminution de la valeur de cet écart peut venir effacer complètement un revenu imposable et donc vous ne paierez pas une cent d’impôts. Pire encore, vous pouvez reculer trois années en arrière et appliquer cette perte sur des revenus passés déjà imposés et récupérer vos impôts payés en plus de pouvoir transporter cette perte indéfiniment dans le futur. Ce que cela veut dire c’est que si vous vous êtes trompé et que vous avez payé trop cher, le fisc vous aidera en vous permettant de déduire de vos revenus la diminution de valeur de votre gaffe. C’est donc dire que ce sont les contribuables qui paieront pour votre bévue puisque le gouvernement doit se financer et ce qu’il ne trouve pas chez vous, il doit le trouver ailleurs. L’exemple le plus éloquent à cet égard est l’acquisition d’AOL (America On Line) par Time Warner quelque part en 1999 ou 2000. Time Warner a du inscrire une charge, sur ses revenus, de plus de 100 Milliards de $ pour effacer l’écart d’acquisition d’AOL.

Il y a pire. Nos banques, entreprises et institutions financières ont investi massivement dans les papiers commerciaux adossés à des actifs (les fameux PCAA). Lors de la crise, qui perdure encore, ces entreprises ont inscrit des charges pour constater la diminution de la valeur de ces actifs. Elles paieront donc, si elles paient, moins d’impôts. Qui paie donc pour les erreurs d’investissements de nos gourous? Encore le simple contribuable et les actionnaires de ces entreprises. Même si la banque centrale avance de l’argent à ces entreprises en acceptant leurs PCAA à leur valeur nominale, il y a risque que le contribuable finisse par payer la note d’une façon ou d’une autre. Il y a pire. En injectant des sommes aussi colossales dans l’économie, la Banque centrale devra tôt ou tard les stériliser (émettre des obligations pour les éponger) sinon la situation risquerait de se transformer en inflation galopante. Dans un cas comme dans l’autre, c’est le contribuable qui écopera car émettre des obligations risquerait de faire augmenter les taux d’intérêt. D’ailleurs, la publication des minutes de la dernière réunion de la FED, le mercredi 21 mai 2008, montre bien que l’injection de quantités massives de monnaie dans l’économie peut devenir inflationniste. Cela a motivé la FED de ne plus baisser ses taux pour le moment.

Finalement, supposez que vous avez acheté une entreprise au Mexique pour 1M$ et qu’au bout d’un certain temps, la devise mexicaine se déprécie et que votre investissement ne vaut plus que 0,5 M$. Encore une fois, vous avez le droit d’inscrire, contre vos revenus, une charge exceptionnelle pour tenir compte de la diminution de la valeur de cet actif. Dans ce cas, c’est encore plus grave puisqu’il existe des moyens pour vous protéger contre cette éventualité : Il s’agit de contrats à terme sur devises ou encore des options sur devises. Encore une fois, au lieu de faire payer les contribuables, les entrepreneurs pourraient assumer leurs charges et les frais de leurs erreurs.

Ce dont nous parlons ici ce ne sont pas des millions mais bien des milliards dont le fisc se prive. Il serait probablement temps que les règles comptables soient revues afin d’épargner le contribuable moyen et que chacun paie son du.

Un dernier point. Lorsque nos institutions financières inscrivent des charges exceptionnelles dues à des pertes colossales, il est fort à parier que leur capitalisation soit affectée et elles risquent donc la faillite. Pour éviter toute panique et maintenir la confiance dans le système bancaire, c’est la Banque Centrale et le ministère des finances qui interviennent pour sauver les meubles. Il s’agit soit de prêter de l’argent à ces institutions (créer de la monnaie via des dépôts effectués par la Banque centrale dans leurs comptes) ou de leur transférer, pour remplacer l’actif disparu, des obligations du gouvernement fédéral. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont les contribuables qui assumeront la note. Nous pensons ici à des faillites colossales comme celle d’Olympia and York dans les années 90. Nous ne connaissons pas une seule banque canadienne qui soit assez solide et qui aurait pu assumer, seule, sa perte d’investissement sans qu’elle ne devienne sous capitalisée. Le pire c’est que ces grosses décisions d’investissement sont prises par la très haute direction (vus le montants impliqués) qui restera en place malgré les pertes et qui continuera de recevoir des bonus de performance sous prétexte que si cette direction n’était pas là, les pertes auraient pu être plus importantes. Nous connaissons, par contre, des petits directeurs de crédit qui ont perdu leurs emplois pour des pertes de prêts de 50 000$!!!!!

Tahar Mansour, Ph.D.

Mon portefeuille typique

Il y a longtemps que je ne vous ai pas écrit. J’en suis désolé. Un peu de paresse, un peu de débordement et un peu d’hésitation.

Depuis la dernière fois, il y en a eu des développements : des prises de contrôle, le pétrole qui a flirté avec le 100$/baril, la crise des entreprises du bois, le dollar canadien qui a fait des siennes et la crise du crédit à risque aux États-unis.

Les prises de contrôle : au Canada, nous sommes des spécialistes pour mettre sur pied des entreprises de bonne qualité, de les faire croître, d’en faire des bijoux et de les vendre, malheureusement, trop tôt. La dernière sur la liste était Cognos qui a été acquise par IBM et la prochaine sera Open Text (OTC) ou Ubisoft. Mon prix cible pour OTC est 40-45$. Ubisoft, je n’en ai aucune idée.

Le pétrole n’ira pas à 100$ à moins d’un hiver exceptionnellement froid ou d’une crise politique grave quelque part sur la planète.

Nos entreprises du domaine du bois sont dans un marasme sans précédent. Je pense que la tempête est loin d’être terminée. Je suis convaincu que Tembec ne survivra pas dans sa forme actuelle. Regardez pour une fusion ou une vente pure et simple. La seule façon pour cette entreprise de survivre indépendante est une cure d’amaigrissement très sévère. Toujours est-il que je suis de ceux qui restent tranquilles lors des tempêtes. Une fois que la tempête est finie et que je peux voir clair alors je décide. Cela est vrai aussi pour Quebecor World. Ce n’est pas parce que le titre est passé de 40$ à 2$ qu’il m’intéresse. D’abord je veux savoir quelles sont les intentions des dirigeants et quels sont leurs plans et après on verra.

Le dollar canadien a bondi jusqu’à 1.1$US. Les exportateurs ont crié et ils continuent de crier. Je suis de ceux qui pensent que le dollar US est encore surévalué. Des collègues ont ri de moi lorsque je disais que l’Euro devrait valoir 1,5$US. Force est d’admettre que je ne suis pas loin. Rappelez-vous que l’économie américaine, même si elle est encore dominante, perd de sa force relative au profit d’économies émergentes. En ce qui concerne le Canada, notre monnaie devrait valoir aux alentours de 1$US. La raison est bien simple : nous sommes une filiale de l’économie américaine. Rappelons nous que 7 entreprises canadiennes sur 10 (parmi les plus importantes) sont la propriété d’entreprises américaines. Par contre, nous avons une balance commerciale positive, un surplus budgétaire et des ressources abondantes. Donc, notre dollar devrait se maintenir aux alentours du pair avec son vis-à-vis US.

Finalement, la crise du crédit et des papiers commerciaux adossés à des actifs. Je déplore le manque de rigueur des dirigeants des institutions financières et de quelques caisses de retraite mais je pense que la tempête est loin d’être finie et par conséquent la turbulence des marchés financiers sera encore parmi nous jusque vers le milieu de 2008. Après tout on ne règle pas un problème de quelques centaines de milliards de pertes par un coup de baguette magique. La Réserve fédérale américaine a baissé ses taux, injecté de l’argent dans le système et elle continuera de baisser ses taux jusqu’en mars 2008 et elle injectera encore de l’argent dans le système. La Banque du Canada finira aussi par baisser ses taux encore une ou deux fois.

Alors que faire?

Moi, je suis le marché et je magasine les aubaines. Dans mes portefeuilles, je n’ai que du solide. Voici mes titres préférés.

Altria (MO) qui va essaimer le groupe Philipp Morris International dont la croissance proviendra des marchés internationaux.

Oracle (ORCL) : j’aime l’agressivité de Larry Ellison qui sait reculer quand il le faut

Apple (AAPL) : l’éternel inventeur de surprises.

Research in Motion (RIMM) qui gardent le cap sur l’avenir et la recherche.

Airbus, à Paris : les nuages sont derrière.

Citi Group même s’ils risquent de radier encore quelques actifs, à ce prix le titre est attrayant.

Nokia (NOK), le géant de la téléphonie. Il était bon à 12$, il l’est encore à 40$.

Brocade Communications (BRCD), le bijou de la croissance dans le storage des données.

Open Text (OTC) qui est une superbe petite entreprise.

Microsoft (MSFT). Le jeune géant qui sait encore se battre. Ce titre me rappelle Evander Hollifield qui, à 45 ans, a perdu de sa vitesse mais il est encore debout et solide. Microsoft sait se battre. Peut-être avec un peu de retard mais ils ne baissent pas les bras. À 33$, ce titre m’intéresse même si je l’accumule depuis les 25$.

Vous remarquez que je ne touche pas à l’automobile ni au bois ni aux secteurs dormants. Par contre, J’ai aussi du Jean coutu, Rona, Couche Tard, Bombardier et Télus. Ce n’est pas que j’aime particulièrement Bombardier mais je pense que leur association avec les chinois et leur association hypothétique avec les russes finira par rapporter de gros dividendes lorsque le marché explosera. Finalement, j’ai aimé et acheté la Bourse de Montréal à 30$ mais je suis convaincu que ce titre est déjà vendu ou fusionné. Ce n’est qu’une question de temps. Probablement que la fusion se fera avec Toronto (que je possède) sous forme d’échange de titres. Je prévois 40-45$/action. Avec l’argent que je recevrai pour BCE, je renforcerai mes positions en magasinant minutieusement. Peut-être que je serais tenté par la Chine (CHL ou STP) mais Dieu que j’ai peur du risque politique. Pour éviter ce risque, je continuerai de regarder du côté américain. Les Intel et Dell de ce monde ne sont pas forts mais ils sont loin d’être morts. Il faut surveiller et magasiner.

En conclusion, quelque part en 2004 ou 2005, je vous avais conseillé SMSI à 3,5$US. Le titre a monté jusqu’à 20$. J’en ai vendu la moitié. Il est retombé à 7,5$. J’en ai racheté. L’entreprise est encore aussi belle mais elle a déçu avec ses derniers résultats mais le marché a réagi avec exagération


Tahar Mansour, Ph.D.

Le 5 décembre 2007-12-05.

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